Clinique psychiatrique
Puisqu'il faut appeler les choses comme elles sont... J'ai été hospitalisée la semaine dernière, volontairement. Je n'en pouvais plus, j'étais au bord de craquer. Je pleurais à la moindre contrariété, je dormais mal, je mangeais mal, je ne suivais plus en cours, je me torturai l'esprit avec des questions sans réponses, et j'ai vécu des événements qui m'ont fait sombrer (la trahison d'une "amie", un amour non-partagé...).
Donc je suis en clinique psychiatrique, et c'est moins glauque qu'il n'y parait, surtout si on y va avec la ferme intention de changer pour mieux vivre sa vie. Je dors beaucoup, je vois un psychiatre, je discute avec les infirmières, je mange à des heures régulières des repas à peu près équilibrés, je réfléchis beaucoup sur ma vie, sur ce qu'il faudrait changer et comment le faire changer, tout ça dans un milieu sécurisé, sans lames, sans boites de somnifères accessibles, sans fenètres grandes ouvertes.... C'est ici qu'on réalise que le monde est vraiment stressant, angoissant: il faut toujours marcher, droit devant soi, sans regarder en arrière, parce que de toute façon, on a pas le temps. Ce monde qui broie sur son passage les gens trop émotifs, trop sensibles. On se sent comme sur une aire de repos, on dort, on mange, et quand on va mieux, on doit repartir, mais pour repartir, il faut réaccélérer, pour pouvoir passer entre les deux voitures qui vont à 130 km/h. Mais pour l'instant, la question du retour à la vie "normale" ne se pose pas encore, je suis encore trop affaiblie mentalement pour y penser.
Ici, la vie est parfois triste, on se surprend à pleurer quand on voit quelqu'un qui partageait notre queue de cantine, partir pour de bon dans ce monde extérieur si terrifiant. C'est triste aussi, quand on voit des cas "graves", des gens qui semblent se laisser mourir. Mais ce qui remonte le moral, c'est le sourire des petites mamies, l'écoute des infirmières... Ici, on ne se juge pas (ou presque), on parle de tout et de rien, pour oublier la maladie. C'est un havre de paix, très médicalisé, certes, mais un havre quand même.