J'ai commencé le théâtre en Quatrième. J'étais une jeune fille timide, naïve, je vivais dans ma bulle de rêves. Je voulais devenir une star de la chanson. J'étais aveuglée par les paillettes des émissions du genre « Nouvelle star », « star académie ». Génération Télé-Réalité. Je croyais que ma vie allait être facile. Et puis, je suis tombé amoureuse...

Je suis tombé amoureuse du théâtre, le soir où, pour la première fois de ma vie, je jouais un rôle sur scène. Bien sûr, j'ai déjà été sur scène, j'ai fais de la danse classique pendant 5 ans, et de la danse jazz pendant 3 ans. J'ai aussi fait 5 ans de trompette, et 3 ans de piano, puis du chant...

Mais la première fois que j'ai joué un rôle sur scène, c'était magique. Pour la première fois de ma vie, je me sentais bien quelque part, alors, dans un murmure, j'ai dit : « c'est ça que je veux faire. »

Pendant 2 ans, j'ai joué dans une troupe de théâtre amateur, je m'y sentais bien. Puis j'ai découvert l'atelier théâtre de mon lycée. J'y ai rencontré des personnes incroyables, d'autres moins... Et je l'ai rencontrée... celle qui allait devenir plus tard ma conseillère, ma muse... ma première prof de théâtre professionnelle. C'était une femme gentille, sensible, drôle... Quand je l'ai vu, j'ai cru être face à un miroir : elle osait tout ce que je n'osais pas. Il m'a fallu 6 mois pour oser lui dire que je voulais devenir comédienne. Il faut dire qu'elle m'intimidait... Pas à pas, telles des lionnes, nous nous sommes apprivoisées, grâce au théâtre. Elle a commencé par m'apprendre ce qu'elle savait sur le théâtre, sur le monde... Elle m'a mise en garde contre les dangers que je risque de rencontrer pendant ma carrière de comédienne. Elle m'a ouvert son cœur, pour que je ne refasse pas les mêmes erreurs qu'elle, à mon age. Elle m'a aidé, comprise, aimé... Avec elle, je me sentais importante... Mais j'ignorais que mes problèmes allaient venir de l'intérieur...

Elle gérait l'atelier théâtre avec une prof du lycée, qui a voulu arrêter. Malheureusement, ma muse n'a pas pu reprendre l'atelier. Problème administratif, il paraît... C'est lors de ma deuxième année à l'atelier, que tout s'est fissuré. A partir du moment où la prof de français a annoncé l'arrêt proche de l'atelier, tout a changé. Des disputes entre mon ange gardienne et la prof de français ont commencées à éclater, en parti à cause d'un manipulateur qui semait le trouble au sein de l'atelier, et qui n'aimait pas ma protectrice. Mais ce qui est fait, est fait. Quelques fois, je le remercie intérieurement, car grâce à lui, je me suis encore plus rapprochée de ma prof de théâtre.

L'atelier s'est arrêté, dans la souffrance et les non-dits.

J'étais en Première, une année difficile à cause du bac de français, mais pas que... A l'arrêt de l'atelier, s'est ajouté d'autres problèmes, de santé notamment. J'étais mal dans ma peau, je me négligeais, me dévalorisais.

 

Depuis la maternelle, on se moquait de moi, on me traitait de «conne», « débile », « mongole », « handicapée », « intellot », « moche »... Jusqu'à la Terminale, ça ne s'est jamais arrêté. Le pire, c'était l'indifférence générale, c'était les « ne les écoute pas », les « arrête de te plaindre »... Quand comprendrez-vous qu'il suffit juste, dans ces cas-là, de nous dire (à nous, les harcelés) qu'on a de la valeur, qu'on est beaux, belles, et juste de réagir? Ça ne demande pas beaucoup d'efforts!

A cause de ces moqueries à répétition, je n'avais pas confiance en moi. Le pire, c'était les humiliations, les filles qui me prenaient à part pour m'insulter, me dévaloriser, me traîner purement et simplement, dans la merde. Je n'ai pas eu à attendre d'avoir Bac+5 en psychologie, pour comprendre à quel point ça m'a détruite.

En Quatrième, ma pire ennemie de l'époque m'a arrêté dans la rue, avec son amie, pour m'insulter. Elle m'a traitée de « pute », «pétasse», « connasse », « conne », « débile »... J'ai réussi à m'en sortir en faisant le perroquet, mais ça m'a blessée. C'était la première fois qu'on me traitait de « pute ». En Troisième, deux filles qui prétendaient, du haut de leur 14 ans, ne plus être vierges, m'ont harcelée pendant une longue, très longue semaine et demi. Elles m'attendaient au portail du collège, m'attrapais et me demandais : «Dis, tu sais ce que c'est la masturbation ? La fellation ? Le doigté?». Moi, je n'y connaissais rien sur le sexe, je ne savais que la base ! Comme je ne répondais jamais, elles riaient, puis allaient voir leurs amies en disant : « Et regardez, elle ne sait pas ce qu'est la masturbation... (à moi) Allez, répètes : Est-ce que tu sais ce qu'est la fellation ? ». J'étais humiliée, salie. Pendant une semaine, j'allais au collège à reculons, car de mes rares amies, aucunes n'arrivaient aussi tôt au collège que moi. Moi qui arrivait toujours à l'avance, au bout d'une semaine et demi, j'ai fini par arriver toujours en retard au collège.

En Troisième, entre deux heures de cours, dans une salle d'étude bondée, je me suis retrouvée à côté d'un moqueur, qui était avec ses amis. Il m'a demandé une gomme, c'est là que mon calvaire a commencé... Pendant une heure, lui et ses potes se sont moqués de ma voix grave. J'étais tellement mal, je ne pouvais pas parler car la moindre de mes paroles était sujette à rires et moqueries... Je ne pouvais pas non plus bouger, à cause du manque de place dans la salle d'étude. La surveillante n'avait pas d'autorité sur eux, et dans la salle, personne n'a bronché...

En Première, une fille et ses deux amies m'a coincée dans la rue pour me poser aussi des questions sur le sexy. Cette même fille prenait un malin plaisir, quand elle me voyait, de dire, ironiquement, à voix haute: « mm, sexy ! ».

En Terminale, alors que je rentrais du lycée, des mecs ont crachés sur mon sac, avant de se marrer.

Voilà pour les pires, mais, elles sont déjà trop nombreuses.

 

Si je me sens mal quand on parle de choses sexuelles, c'est aussi parce que, jusqu'à présent, je n'ai attiré que des vieux pervers. Un soir, j'étais devant le conservatoire, appuyée contre le mur, en jupe (de longueur moyenne), soudain, un homme à moitié ivre à traverser le parc devant le conservatoire. Il s'est arrêté, m'a fait un geste genre « c'est moi que tu regardes ? », et m'a deshabillée du regard. C'est une sensation très désagréable, dégradante. Quand il a commencé à s'avancer : je me suis enfuie, par peur de ce qui pouvait arriver ensuite. Ce n'était pas le premier à me regarder comme ça, ce n'est ni le dernier. 

 

En Première, je me sentais seule, je n'avais pas vraiment de repères, à part l'atelier théâtre. Pour comprendre ce que j'ai ressenti à son arrêt, il aurait fallu que vous soyez à ma place : jeune lycéenne qui n'a pas l'impression d'être aimée, à part à l'atelier, fermée sur elle-même, qui voit son monde merveilleux se déchirer. Quand je me suis rendue compte que mon monde merveilleux de l'atelier, n'existait pas, je me suis effondrée. Tout ce en quoi je croyais, c'est effondré comme un château de cartes. J'ai commencé à pleurer deux soirs par semaines, je me disais que c'était qu'un coup de blues ordinaire, mais ça a duré...

En Terminale, je me suis inscrite en cursus théâtre, dans un conservatoire régional, je faisais l'aller-retour tous les mercredis. Ça m'épuisait, tant moralement que physiquement. C'est là que tout a commencé... D'abord, je n'ai pas pardonné aux anciens de l'atelier d'avoir tourné la page si vite. Puis, ma prof de français, à chaque fois qu'on parlait, me disait à quel point l'atelier était bien, mais qu'elle était heureuse d'arrêter. Je n'ai pas osé lui dire à quel point je lui en voulais d'avoir arrêter.

Ensuite, je me suis engueulée sur facebook, avec un ancien de l'atelier, que je considérais comme mon grand frère. On est allé trop loin tous les deux, mais lui, contrairement à moi, ne s'est excusé que du « bout des doigts ». A l'époque, j'avais une angoisse d'abandon, au départ, c'était à cause de l'arrêt de l'atelier.

Cette dispute m'a brisée : c'est à cette période que j'ai commencé à me mutiler. Petites entailles par petites entailles, je ne me faisais pas saigner, je me mutilais juste assez pour que ça se voit, pour que les gens voient ma douleur, mon appel à l'aide. A chaque fois que je m'entaillais avec mon ciseau coupe-ongle, je me sentais bien, soulagée. Puis, j'avais honte, je me sentais encore plus mal, ce qui me conduisais, au final, à recommencer. L'auto-mutilation est une addiction destructrice, tant qu'on a pas soi-même trouvé la personne ou le moyen pour s'en sortir. Je me mutilais à chaque angoisse d'abandon, à chaque fois, j'étais comme délirante. Je n'est pas honte à le dire, la folie n'est pas un tabou pour ceux qui l'ont frôlée. Puis psychologiquement parlant, la folie est un terme trop abstrait et réducteur.

J'ai souvent pensé au suicide, cette année-là. Mes seuls moments d'évasion, c'était pour imaginer mon suicide. A chaque fois, j'ai réussi à me raisonner, à la dernière minute. Si je suis aujourd'hui en vie, c'est grâce à une personne en particulier : mon ange gardienne, qui répondait toujours à mes mails de détresse, avec tendresse, qui arrivait à trouver les mots pour me parler, m'apaiser... J'ai souvent voulu lui envoyer un mail d'adieu, juste avant mon suicide, mais au final, grâce à elle, il a fini dans la corbeille. Elle a réussi à me sauver de moi, je lui dois la vie.

Je voyais une psychologue, une femme très compétente, à qui je dois beaucoup aussi. Elle m'a aidé à relativiser les événements, et, après ma « dépression », à prendre un nouveau départ dans ma vie. C'est aussi un peu grâce à elle, que je me suis retrouvée en fac de psychologie.

Je parlais de « dépression »... J'ai vu un psychiatre pendant cette période. Je ne vais pas généraliser, mais lui, n'a rien fait pour moi. Je suis arrivée dans son cabinet avec les symptômes d'une dépression, il m'a dit qu'il en doutait, puis m'a prescrit des antidépresseurs. Je n'ai pas compris si oui ou non j'étais dépressive. Pendant les séances, je n'avais pas l'impression qu'il m'écoutait, une fois, j'en suis même repartie en pleurant. De plus, comble de malchance, je me suis révélée être allergique à l'antidépresseur prescrit. C'est à ce moment-là, et après avoir réussi mon bac, que je me suis dit qu'il fallait que j'arrête les séances. Après avoir arrêté de voir le psychiatre (qui ne m'a pas supplié de rester), je me suis tout de suite sentie mieux.

Attention, je répète qu'il s'agit d'UN psychiatre, dont je ne citerai pas le nom, et non de la profession. Vous voulez savoir si un psychiatre est « bon » ? : testez vous-même.

En partie grâce à mon ange gardienne, j'ai réussi à me « secouer ». Je me suis dit que si j'étais en « dépression », c'était parce que j'étais trop passive par rapport à ma vie. J'ai pris ma vie en main. Et grâce aussi à certaine de mes amies, qui m'ont soutenue.

Je me suis dit qu'il fallait que je change tout dans ma vie : mon rapport aux autres, à la nourriture...

J'ai remplacé les tartines de nutella par des fruits. J'ai rompu avec les faux amis. J'ai changé de look, pour m'habiller comme je veux, et non comme les autres, et aussi parce qu'après un an et demi de «dépression », il ne me restait plus que des habits noirs.

Je garde toujours un très bon contact avec ma muse, on se voit souvent, quand on peut...

Je continue le théâtre au conservatoire, et, malgré les doutes occasionnés par ma « dépression », et même si je suis en fac de psychologie, je veux toujours devenir comédienne professionnelle. C'est mon rêve, c'est ma voie.

Mon témoignage est pour toutes ces ados, raillées, humiliées... Pour celles qui se mutilent ou rêvent de se suicider. Pour celles qui ont des rêves qu'elles désespèrent d'atteindre. A toutes ces anges gardiennes qui ont pris sous leurs ailes blessées des jeunes comme moi... A toutes ces amies fidèles qui nous soutiennent, malgré les épreuves...

La vie est belle, tout le monde vous le répète, mais personne vous a dis qu'elle était juste. La vie est injuste, mais nous sommes les seules à pouvoir la changer, par nos actes. Restez en vie ! Ça vaut la peine. Vous valez le détour.

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