Voici un témoignage de harcèlement scolaire un peu long, et pour cause! Il va devenir un livre... J'en ai pris les extraits qui me semblaient les mieux, tout en essayant de garder le sens du texte. Ca a été dur et à contrecoeur, tellement le témoignage est poignant, mais je vous invite fortement à acheter le livre quand il sortira!

Car quand j'ai lu ce témoignage, chaque humiliations racontées m'ont renvoyées à une humiliation que j'ai subis au collège ou au lycée.

« Je me retrouvais de temps en temps avec S qui redoublait sa 6e.
Je n’ai pas tardé à voir que S, bien que gentille, sérieuse et bien élevée, était restée très « enfantine » dans ses attitudes et son look et ça ne jouait pas en sa faveur. Elle se faisait très souvent moquer et ne savait pas se défendre. Elle réagissait seulement en criant et pleurnichant. Et elle était pratiquement toujours toute seule. On la rejetait parce que trop « poupée » !
Déjà, le jour de la rentrée, je me souviens très bien de la robe qu’elle portait : rose avec des noeuds et des volants, des étoiles blanches et le nom « Barbie ». […] J'avais un nouvel ennemi, H : Il ne m’a jamais tapée dessus, mais à chaque fois que j’avais le malheur de le croiser ou d’être à côté de lui (quand je ne pouvais vraiment pas faire autrement), il m’insultait : « guenon », « dégage ! », « tu vas te manger des baffes ! » ou, lorsque je papotais avec mes amies et qu’il se trouvait là : « mais tu vois pas qu’on s’en fout de ta vie ! ».
Je ne comprenais pas pourquoi il s’en prenait à moi, je ne lui ai jamais rien fait ! Je souffrais de ce rejet méprisant et injuste, mais sans avoir encore vraiment conscience du mal insidieux qui s’incrustait dans mon mental et donc je surmontais quand même, d’autant que c’était le seul avec qui j’avais des problèmes, le reste de ma classe et du collège me fichant encore la paix à cette époque . »
« Comme je l’ai dit, je détestais le sport et n’en pratiquais jamais hors de l’école. […] Et comme, malgré moi, je faisais perdre mon équipe à chaque fois, cela jouait sur les moyennes des autres membres, quelque part je les tirais vers le bas ! D’où le fait qu’en formant les équipes, j’étais toujours choisie en dernier, ou en avant-dernier quand il y avait aussi mon amie S… J’allais invariablement vers l’équipe pour laquelle c’était le tour de choisir et je voyais des visages d’enterrement, et ceux des autres équipes les regardaient avec un air de les plaindre. Comme si j’étais la pire catastrophe vivante que la planète n’ait jamais portée… […]H continuait à m’insulter de plus en plus et ça finissait par devenir vraiment pesant, si bien que je m’en suis ouverte à la CPE (conseillère principale d’éducation), mademoiselle D. Elle m’avait aidé à retrouver, en 6e mon sac qui m’avait été caché par un élève un samedi matin. [...] Et quelle n’a pas été ma surprise de retrouver mon vrai sac de classe finalement caché dans la salle d’arts plastiques où nous avions cours de maths avec madame F !
Je ne sais pas exactement comment il a été grondé ou puni, toujours est-il que ce cher H m’a fichu une paix royale du jour au lendemain. Il allait même jusqu’à me faire la bise et me demander comment j’allais ! J’étais persuadée qu’il avait compris ses torts et le mal qu’il m’avait fait et qu’il ne récidiverait pas. Quelle erreur… […] J'ai la phobie des escargots […] Cette dernière semaine de juin [...] notre prof de sciences naturelles, a organisé pour une bonne partie de la matinée une sortie en forêt. […] Mais il faisait gris et un peu frais, il avait plu la veille. Nous sommes entrés dans le bois sur un chemin pédestre. Et il était là, gluant, énorme, affreux, sur un arbre, un escargot. J’ai poussé un cri d’horreur. Je me suis dépêchée d’aller un peu plus loin. H l’a décroché et me l’a mis sous le nez. « Arrête ! », lui ai-je dit d’un air suppliant. Mais il s’amusait à me poursuivre avec. Je courais en craignant de m’éloigner du groupe mais personne, pas même la prof, ne s’apercevait de rien pour le moment. « Mais fous-moi la paix ! ». À peine lui ai-je crié ces mots que je sentais quelque chose de froid et humide tomber dans mon dos et s’y accrocher. H m’avait lancé l’escargot, qui était tombé dans mes vêtements ! [...] Je courais en tous sens en me tortillant pour faire tomber la sale bête, mais telle une ventouse humide baladeuse, elle restait bien fixée sur ma peau. J’ai rejoint le groupe. H rigolait et bientôt tout le monde à l’unisson. Quelques camarades voyant ma détresse essayaient pourtant de me porter secours. Du moins c’était ce que je croyais : j’ai senti d’autres escargots grouiller dans mes poches et se coller à mon dos et mes cuisses ! En fait, enhardis par le mauvais exemple initié par H, ils m’en ont ajouté ! Et ce, sous l’indifférence la plus totale de madame C… Tout le monde s’y est mis, même ceux que je n’aurai jamais imaginés, et aussi E, ma meilleure amie ! […] Évidemment, j’étais très gênée et je marchais bras et jambes écartés, comme un épouvantail, ce qui exacerbait ricanements et moqueries, mais aussi la sévérité mal placée de la prof, dirigée contre moi ! Elle me grondait en m’accusant d’exciter mes camarades et de me donner en spectacle, en me menaçant même de punition ! En quelque sorte, à ses yeux, je l’avais « cherché » ! La victime était coupable en quelque sorte. En ayant eu cette réaction inadaptée envers moi, cette prof cautionnait l’agression que me faisaient subir mes camarades, en pensant me faire sentir à tel point j’étais ridicule avec cette phobie et croyant me donner ainsi une bonne leçon… […]
Les blagues sexuelles lourdes m’étaient souvent destinées, sinon toujours. Et mon ignorance presque totale dans ce domaine a donné lieu à des quiproquos qui portaient à rire.
On m’a un jour posé la question : « es-tu vierge ? ». Pensant innocemment à une discussion sur l’astrologie, j’ai répondu : « non, je suis poisson ! ». Éclats de rire…, je ne comprenais pas pourquoi. […] Ou aussi : je parlais de ma petite chatte. Dans la conversation, je ne me rendais pas compte une seule fois que je n’étais pas sur la même longueur d’onde que mes camarades. « J’ai une chatte. » […] Les choses se sont progressivement mais sûrement dégradées.[...] Et le matin, chose qui ne m’était jamais arrivée avant, j’avais mal au ventre (sans vomir) et n’arrivais à presque rien avaler au petit déjeuner. La confiance était brisée depuis mon agression aux escargots. Réciproquement d’ailleurs, j’en ai déjà eu un premier échantillon quelques semaines à peine après la rentrée 1991. On procédait généralement à cette période à l’élection des délégués de classes, deux titulaires et deux suppléants, à chaque fois un garçon et une fille. Je voulais prouver que je n’étais pas si nouille qu’on le croyait et j’ai décidé de me présenter. À peine ai-je annoncé ma candidature que j’ai entendu des ricanements étouffés qui ne présageaient rien de rassurant et transpiraient le mépris. […] Nouvelle récréation l’après-midi. J’étais avec E [...]. Puis nous avons croisé la bande à V au grand complet. Trois des quatre filles me sont tombées dessus, pas physiquement mais à coups d’insultes, les mêmes que le matin, d’engueulades et rejets d’une méchanceté inouïe. V, bien que leader du quatuor et tenant aussi à ce que son statut de « fille de la comptable du collège » qui risquait de tourner au vinaigre n’en pâtisse pas, essayait de les retenir, et E de prendre ma défense. […] hormis les escargots en 5e, je n’ai pas eu d’agression physique, mais j’ai subi des sortes de « dégradations ». D’abord, je retrouvais souvent, sur mon sac ou mon manteau, des « mollards » (crachats salivaires). Maman nettoyait et ça ne laissait pas de trace, mais on me taguait aussi à la craie des dessins comme une caricature de pénis, plus difficile à enlever, car ça formait des traces poudreuses qui accrochaient en laissant une grosse traînée à force de frotter et ça ne faisait pas très joli sur mes affaires. […] »
« Ce 20 mars 1998, jour de mes 20 ans, a été une humiliation supplémentaire dans la liste. Ce n’était pas physique, mais psychologique, en tout cas un énième traumatisme engendré par une nouvelle farce lourde autour de ma phobie. De retour de récréation, au moment de réintégrer ma salle de classe habituelle, j’ai remarqué un curieux petit paquet-cadeau sur ma table et quelques filles semblaient tenir un conciliabule, j’entendais chuchoter et ricaner. Cela a suscité ma méfiance. […] J’ai tout de même soulevé le paquet, qui me paraissait un peu lourd, je l’ai tâté, on aurait dit un pot de yaourt. Je l’ai secoué et j’ai entendu une sorte de bruit mou à l’intérieur. J’ai compris sans avoir besoin d’ouvrir : il y avait un escargot dedans ! »
« Oui, de nombreuses séquelles me sont restées de ces années de harcèlement, oui, je continue à « trinquer » et c’est d’autant plus injuste que mes harceleurs, quels qu’ils soient, n’aient jamais été sinon punis, du moins inquiétés ; non, je ne saurai jamais totalement « pourquoi » on m’a harcelée…
Le moindre regard de travers, qui n’est pas nécessairement significatif, me rend paranoïaque et susceptible au point de croire que si la personne concernée réagit de cette manière, c’est qu’elle a une dent contre moi et je culpabilise. Même encore aujourd’hui ! Un rien peut réveiller mes vieilles blessures…
Ma confiance en moi, je l’ai retrouvée, mais pas complètement. […] Mes dérivatifs sont bien sûr la lutte contre le harcèlement scolaire, la lecture, Internet, la musique des années 1980 et ma passion pour la conquête spatiale que je n’ai jamais abandonnée. La violence et le harcèlement psychologique font autant mal que les coups physiques. Mais ils sont d’autant plus vicieux qu’ils ne se voient pas, ne sont pas palpables, et que les paroles s’envolent. Donc, beaucoup plus difficile à prouver. Et d’ailleurs, cela a toujours existé, de tout temps ! […] Nous avons tous en tête la tragique histoire de Noélanie, morte à huit ans à petit feu suite à des violences psychologiques et physiques répétées par un camarade de classe (coups et strangulations), dans la plus totale indifférence du personnel enseignant, et même juridique et hospitalier, alors que son meurtrier, lui, n’a jamais été puni et a continué librement son petit bonhomme de chemin scolaire, peut-être même en s’attaquant à d’autres enfants ensuite ! Toutes les aides et actions tentées par les parents de la fillette, et Noélanie elle-même, n’ont, hélas, jamais abouti… Elle l’a payé de sa vie.
Alors battons-nous et faisons en sorte qu’il n’y ait plus jamais d’autres Noélanie, ni d’enfants acculés au suicide. Que les établissements scolaires ne soient plus des coupe-gorges, tant pour les élèves que les personnels enseignants et non enseignants, car eux aussi peuvent être victimes de harcèlement de la part des élèves, voire de leurs parents qui défendent leur progéniture à la moindre mauvaise note ou remarque de comportement ! Retrouvons le plaisir de revoir nos amis, nos collègues, le bonheur et la motivation d’apprendre sereinement, dans une ambiance correcte. […] Il y aura toujours inévitablement des antipathies, absences d’atomes crochus, groupes par affinités, mais faisons en sorte de cohabiter dans le respect, qui n’est pas nécessairement synonyme d’hypocrisie, sans être obligé de s’apprécier. Et de ne pas avoir peur de parler le plus tôt possible, avant aggravation, de ses problèmes de harcèlement à des personnes de confiance, habilitées à les résoudre, ce n’est pas « balancer », ni une réaction infantile !
J’espère sincèrement que mon témoignage, mon vécu, mon parcours, mon évolution, avec analyse et prise de recul contribuera à faire enfin bouger les choses. Cette lutte contre le harcèlement et la violence scolaire est mon cheval de bataille et je veux la mener à bien. »

Noélanie...

Noélanie...

Matteo...

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Pauline...

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Et les autres...

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