Ce 22 janvier, un grand homme est mort. Il y a peu de grand hommes dans ce monde, et trop qui pensent qu'un homme simple ne peut pas en faire parti.

Ce grand homme s'appelait André, je l'appelais "Papy".

Ce grand homme était grand par sa taille, mais aussi par son esprit. Un grand homme protège sa famille. Personne d'autre ne nous a protégé ainsi, malgré son apparence d'homme fatigué, surtout par des années d'handicap et de diabète, il veillait sur nous de son vivant, comme il veille sur nous de sa mort. Un grand homme est bienveillant. Et même si il a eu certains mots malheureux (c'est qu'il disait ce qu'il pense! fatalement parfois ça blesse), j'ai pu voir de son vivant, toute sa bienveillance. Il m'a accueilli quand j'étais faible, il m'a écouté quand j'avais le cœur gros. Un grand homme, c'est aussi un homme fort. Il n'était pas fort, c'était un roc. Le diabète, l'avc, le cancer, l'incendie de sa maison et même avec une jambe en moins, il restait un roc. Et pour femme, il aurait pu trouver son opposé, une femme fragile, mais il a choisi ma mamie, d'apparence fragile mais sous cette peau, elle aussi est un roc. Ce n'est pas toutes ces maladies qui sont venues à bout de lui, pour nous le prendre, la mort a dû ruser. Un grand homme, ce n'est pas forcément un homme austère. Mon papy ne l'était pas. Même si il parlait peu, qu'il semblait parfois triste, il n'était pas avare de blagues (suffisait juste d'une pichenette pour réveiller ce André rieur), je me rappellerai toujours, le baptême de ma cousine Jade, où il s'est mis à plaisanter, ni ce Noël où on a joué aux devinettes et qu'il nous faisait deviner des vieux films, juste avec des gestes.

Mon papy était un grand homme, et avec sa mort j'ai compris, que vu mes ascendants, j'étais loin d'être une plume dans une famille de rocs.

Mon papy veille sur nous, toujours en riant. Il est mort en blaguant, il est mort en étant sûr qu'il laissait une famille joyeuse derrière lui. Après tout, sa fille aînée était à nouveau heureuse, même si divorcée, son autre fille venait de devenir grand-mère, son dernier fils venait de se découvrir une vocation, et son premier et autre fils était venu le voir depuis l'Australie. Quand à moi, il m'a vu bien, lui qui m'a recueilli après la clinique psy. Et puis, un soir de Noël, mon frère a réussi à le convaincre de rester éveillé pour l'écouter jouer du violon, je suis sûre qu'intérieurement il était fier et content d'avoir résisté au sommeil pour entendre ce concert.

Mon papy était un grand homme, il avait des défauts mais ce n'était rien face à ce que sa présence et ses avis nous apportaient.

Papy, veille sur nous, que jamais nous ne t'oublions.

Voilà ce que j'aurai pu dire à son enterrement. Mais sur le coup, je n'avais pas vu tout le bel héritage qu'il nous laisse. Je croyais qu'il nous laissait une probabilité en plus d'avoir un diabète, un avc ou un cancer. Alors qu'il nous laisse bien plus: la force de les combattre.

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